N°23 : « Le virus qui voulait être roi »

mardi 1 septembre 2020

N°23 : « Le virus qui voulait être roi »

Le 16 mars dernier, les Français, rassemblés devant leur poste de télévision, entendaient avec effarement le Chef de l’État déclarer à six reprises « nous sommes en guerre ».

En guerre. Contre qui, contre quoi ?

Je pensais alors à « la drôle de guerre », au « Blitzkrieg », aux précédentes invasions de l’histoire qui, bien souvent, révélèrent l’impréparation de notre nation, et conduisirent la France au déshonneur, au dénuement, à la capitulation.

Mais, cette fois, l’ennemi n’était ni le voisin d’à côté, ni même celui d’un peu plus loin. Caché, sournois, embusqué, invisible à l’œil nu, se glissant, muni des bonnes clés, à l’intérieur de nos cellules, le voilà qui apparaissait dans la lumière du microscope sous la forme d’un globule à tête couronnée. Sa mission, nous affaiblir, et si possible nous tuer.

Face à ce petit roi qui se fichait bien des frontières et avançait à grands pas sur nos lignes Maginot imaginaires, le chef de la nation décrétait la mobilisation, ou plutôt l’immobilisation, générale, qui allait conduire au confinement, au calfeutrement, comme pour échapper aux rayons meurtriers d’un nouveau Tchernobyl. Il fallait fermer les écoles, les magasins jugés non essentiels, travailler à distance (ou ne plus travailler du tout). Les centres villes, les trottoirs, les boulevards, les autoroutes, les cours de récréation, les salles de classes se trouvaient, d’un seul coup, figés dans un silence glaciaire, post apocalyptique, comme si la vie s’était soudainement effacée de la surface de la Terre.

« Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne,

Ami, entends-tu le vol noir du corbeau sur la plaine. (1) »

Immobilisés, désarmés, emprisonnés dans nos foyers, rompant seulement le couvre-feu pour aller chercher le pain, ou risquer quelques foulées le laisser-passer à portée de mains, il fallait nous rendre, comme déjà vaincus, à l’adversaire sans visage ; et tandis que les chaines d’information égrainaient, entre deux écrans publicitaires, leurs alertes infos, leurs chiffres insensés de toutes les vies perdues, la France faisait de ses soignants les héros, et de tous les autres des spectateurs hagards ou applaudisseurs du soir.

Pourtant, dans l’ombre, dans le maquis de nos habitations, la résistance s’organisait. Des petites entreprises textiles se lançaient dans la fabrication de masques de protection, une entraide naissait entre voisins (des drames survenaient aussi), des bénévoles allaient faire les courses pour les plus démunis, des relations humaines ne nouaient autrement, via les réseaux sociaux. Et surtout, les cours reprenaient. A distance, mais ils reprenaient. Depuis leur mobile, leur ordinateur, leur abri domestique, les enseignants faisaient classe à nouveau, encourageant les élèves, corrigeant leurs copies, prenant le quart, assurant la relève. Tôt le matin, et tard le soir, les mails affluaient comme au temps glorieux des messages codés. « Les Français parlent aux Français. » « Les enseignants parlent aux élèves. »

« C’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères. (1) »

Enseignants, personnels, avec moi, vous avez été cette armée de l’ombre, ces soldats silencieux, non pas tant ceux qui soignent et relèvent le combattant blessé, mais ceux qui, par leur action, entretiennent le moral des troupes pour les conduire à la victoire. Continuer d’instruire en temps de guerre, c’est croire que les balles ennemies seront perdues pour jamais, c’est croire que le soleil se lèvera à nouveau demain.

Mais la nuit est encore dense, et l’aube ne vient pas. Aucune des guerres qui ont éclaté un certain jour n’étaient capables de prédire leur dénouement ou date de fin. Alors, ne baissons pas notre garde, et veillons, par notre comportement, à ne pas ouvrir la porte à celui qui veut faire de nous son sujet.

Même si le doute et la peur peuvent nous tenailler, il faut à présent nous extirper de nos tranchées pour monter au front et livrer bataille, non pas armés d’une lance mais d’un bouclier.

« Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place. (1) »

Car l’assaillant entend nous encercler et lancer une nouvelle salve. Il veut nous assommer cette fois et nous faire reculer pour de bon. Il entrera à Maintenon autant que dans nos maisons. Il y aura des ordres et des contre ordres. Nous ferons ce qu’il faut, non dans la déroute et l’abandon, mais dans l’honneur et la dignité, jusqu’à l’heure où sonnera l’hallali quand la créature couronnée sera à l’agonie.

Sans que quiconque ait pu le prévoir, l’année 2020 est entrée dans l’Histoire. A présent, il nous appartient, par nos actes et notre engagement, d’en écrire la marche. Ce que nous en ferons, et la trace que nous laisserons, indélébile, restera fixée dans la mémoire collective pour être, un jour, enseignée aux enfants. Face aux périls mortels, l’homme se trouve parfois devant plusieurs choix. Collaborer avec l’ennemi, battre en retraite au premier coup de fusil, attendre que l’autre fasse les choses à sa place, ou bien faire soi-même et monter à l’avant dans un état de conscience sublimé qui dépasse sa propre existence. Jusqu’alors, vous n’avez pas démérité. Mais le chemin qui s’ouvre devant nous pourrait, par l’engrenage des situations et l’emballement possible des choses, ouvrir la voie à des conséquences plus néfastes encore et nous laisser des nuits d’insomnie.

Préparez-vous. Le temps qui s’annonce va nous poser question. Quoi qu’il arrive, nous tiendrons bon et répondrons à ce qui nous sera demandé.

En ce jour, j’en appelle aux trois Saintes patronnes de France, Notre Dame de l’Assomption, Jeanne d’Arc et Thérèse de L’Enfant Jésus, pour éclairer notre campagne incertaine, venir en aide et apporter protection à nos familles, notre établissement, notre nation, par l’intercession de Jésus, le Roi des Rois.

Thierry Fournier, Chef d’établissement Coordonnateur

(1) Maurice Druon, Joseph Kessel, Le Chant des partisans, 1943

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